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Cynips du châtaignier - Lutte biologique



*** Contexte ***

Le cynips du châtaignier est un ravageur invasif arrivé en France en 2007. Cet hyménoptère pond ses œufs dans les bourgeons de châtaigniers et cause de gros dégâts sur l'arbre (rameaux atrophiés, avortements d'inflorescences et fruits). On estime que sa présence peut induire une baisse de 60 à 80% de la production de châtaignes. Sa propagation sur le territoire français est exponentielle. C’est en 2011 que le cynips a atteint l’Aquitaine, aujourd’hui l'ensemble du  territoire est touché.
En limitant la formation des inflorescences, le cynips impacte directement la miellée de châtaignier. Le cynips peut affecter les colonies en les privant d’une source abondante de pollen, induire des baisses de production de miel mais aussi impacter le travail des apiculteurs en obligeant à des changements d’itinéraires de transhumance.

A ce jour, le seul moyen de lutte consiste au lâcher, sur les boisements infestés, d’un auxiliaire (Torymus sinensis) qui parasite le cynips.
                                                              

Témoignage, famille Cassoudesalle, apiculteurs :


« Le châtaignier de notre département est attaqué depuis 3 ans par un insecte venu d’Asie, le cynips du châtaignier. L’infestation est aujourd’hui telle qu’à l’automne dernier la floraison et fructification du châtaignier étaient quasi nulles par endroit. Au-delà de la place historique de cette essence en Pyrénées-Atlantiques (piquets de vigne, bois d’œuvre, alimentation du bétail, etc.), elle possède un rôle important dans l’économie actuelle de par son intérêt pour l’apiculture (fort potentiel mellifère et pollinifère). Dans le désert de plantes mellifères que devient notre pays, le châtaignier est un pilier qui constitue une part importante de la production locale de miel et de pollen de haute qualité. L’apiculture, une des premières victimes du ravageur, doit prendre le problème à son compte et organiser la lutte au bénéfice de l’ensemble des populations basques et béarnaises. Le châtaignier est en danger de mort, il fait partie de notre économie, de notre culture et de notre patrimoine : sauvons le ! ».

 

*** Lutte biologique ***


Un dispositif coordonné à l’échelle du Sud-Ouest :

 

Pour le grand bassin Sud-Ouest (région Limousin, Aquitaine et Midi-Pyrénées) un comité coordonné par l’Union Professionnelle de la Châtaigne, réunissant les représentants professionnels de la filière et organismes techniques, a été constitué depuis 2014 pour organiser le dispositif de lutte biologique.

 

Les Torymus sinensis utilisés ne sont pas natifs du territoire et sont obtenus par des mises en émergence de galles au sein de laboratoires spécialisés. En Aquitaine, c’est la station d'expérimentation de la filière fruits et légumes INVENIO, basée en Dordogne, qui réalise l’émergence et fournit les insectes aux producteurs participants au dispositif.


 

Positionnement de l’ADA dans le dispositif régional :

 

Face à l’absence de prise en charge de la lutte dans les zones de taillis et à l’inquiétude exprimée par des apiculteurs du Béarn de perdre une ressource mellifère essentielle à leur bon fonctionnement, l’ADAAQ se mobilise sur la problématique en 2015. L’objectif est d’accompagner tout apiculteur volontaire dans la mise en place de lâchers sur les boisements de production de miel de châtaignier non couvert par les producteurs de châtaignes.

Ainsi l’association intègre le Comité Grand Sud-Ouest de lutte contre le cynips du châtaignier pour associer la filière apicole d’Aquitaine dans ce dispositif coordonné, faire valoir les besoins des apiculteurs en nombre de lâchers et assurer des lâchers sur les bois de feuillus, hors vergers, non concernés par le programme jusqu’alors.

 

Fonctionnement du dispositif coordonné

 

Apiculteur participant

Rôle de l’ADA

- Evaluer ses besoins en nombre de lâchers,

- Faire une précommande de Torymus (décembre),

- Suivre une formation d’une journée sur le ravageur, les suivis de végétation et la lutte,

- Participer au suivi de l’avancée des stades phénologiques des châtaigniers pour évaluer avec précision la date de lâcher,

- Se rendre disponible le jour du lâcher (avril-mai),

- Prendre en charge la partie non subventionnée du lâcher

- Recenser les besoins des apiculteurs en nombres de lâchers et veiller à leur bonne répartition,

- Informer les apiculteurs sur le ravageur et organiser leur formation pour la lutte,

- Coordonner la lutte et les suivis de végétation et faire le lien avec le centre d’élevage de Torymus,

- Rechercher des financements pour alléger les coûts à la charge des producteurs,

- Apporter un appui technique et logistique

 

 



Retour sur les trois années de lutte :


 

Bilan et chiffres clés

En 3 ans, une cinquantaine d’apiculteurs des Pyrénées-Atlantiques et de Gironde ont intégré ce programme de lutte coordonnée contre le cynips du châtaignier. Ainsi 152 lâchers de Torymus ont été mis en place sur une centaine de communes (soit 4 500 Ha de bois traité dès les premières années). Grace au dispositif coordonné, les apiculteurs n’ont eu à payer que 25% du coût réel de cette lutte biologique.

 

 

Durant ces 3 années, cette lutte biologique collective a été soutenue par le Conseil Départemental des Pyrénées-Atlantiques, la Communauté des Communes du Piémont Oloronais et de Vallée d’Ossau ainsi que par le Syndicat de l’Abeille des Gaves et Nives et les fonds propres de l'ADAAQ.

Plus ponctuellement, ce programme a également reçu le soutien financier du Conseil Régional de Nouvelle Aquitaine, d’Emmaüs Pau Lescar, du GDSA 64, du SSPA et de la Fondation Famille Michaud.

Grace à l’intervention de ces partenaires financiers, les apiculteurs volontaires participants n’ont eu à payer que 25% du coût réel de cette lutte biologique.


Premiers résultats

Après 3 ans, il est possible de contrôler la bonne réussite des lâchers en mesurant le taux de présence des Torymus sinensis sur les bois traités, grâce à un protocole mis en place par l’INRA.

Ce printemps 2018, nous avons prélevé aléatoirement des galles de l’année et réalisé la mise en émergence de Torymus présent sur 11 sites du secteur où la lutte avait été mise en place en 2015.

Malgré des inquiétudes dues au nombre important de galles en très mauvais états, probablement abimées par les conditions météo difficiles (gelées, fortes pluies), les résultats après émergence en conditions contrôlées sont très satisfaisants et encourageants quant à la réussite de cette première année de lutte.

En effet, le taux de présence qui avoisine les 20% (malgré la présence les galles en mauvais état) correspond aux valeurs retrouvées par l’INRA dans les vergers expérimentaux trois ans après les lâchers. Des Torymus ont été retrouvé dans la totalité des sites prospectés. On peut donc espérer une pleine réussite de la campagne de lutte en 2015. À partir de ces foyers, où l’insecte auxiliaire est bien implanté, les Torymus pourront ensuite se déployer et coloniser progressivement les châtaigniers des alentours.

 

Grace à l’implication d’un groupe d’apiculteurs volontaires et au travail de coordination et d’accompagnement de l’ADAAQ, les principaux secteurs de productions de miel et pollen de châtaignier des Pyrénées-Atlantiques ont bénéficié de la lutte biologique contre le cynips. Cette lutte menée de manière collective et dont les premiers résultats de suivis sont très encourageants devrait permettre la régulation du ravageur et le retour à des miellées significatives d’ici quelques années.
 




Pour toutes informations complémentaires nous vous invitons à consulter notre plaquette "Cynips & Apiculture"